La vulvo-vaginite atrophique (VVA) : un sujet difficile à aborder

Une pathologie gênante, sous-diagnostiquée et sous-traitée malgré sa fréquence. (1)
Elle est susceptible d’atteindre plus de 80 % des femmes quelques années après la ménopause. (2)
Les multiples signes et symptômes génitaux et urinaires et les conséquences sur la vie sexuelle peuvent altèrer au quotidien la qualité de vie de femmes qui en sont atteintes. (3)
Il existe de multiples explications à cet état de fait, comme par exemple, l’attribution des symptômes à l’âge sans que le lien ne soit établi entre ces symptômes et la ménopause elle-même, l’ignorance du fait que des traitements existent, (4) la réticence envers les traitements hormonaux…(5)


70% des femmes concernées n’abordent pas le sujet avec un professionnel de santé (6)


Les auteurs rapportent, en plus d’un manque de connaissance, une vraie gêne et de nombreux freins à tout simplement aborder le sujet de la part des femmes, mais aussi de la part des professionnels de santé. (4)
Seules 2% des femmes interrogées sont capables d’utiliser le terme de vaginite atrophique en lien avec leurs symptômes de sécheresse, démangeaisons, sensation de brûlures ou douleurs pendant les rapports (d’après l’étude VIVA réalisée en 2010 sur des femmes ménopausées).
Elles sont gênées par la terminologie même de « vagin » dans un discours courant. (4)

En clinique, il existe clairement un déficit de communication sur le thème de la santé sexuelle des femmes. (4)

Dans l’enquête REVIVE (Real Women’s Views of Treatments Options for Menopausal Vaginal Changes), les femmes ménopausées déclarent que seuls 19% des professionnels de santé abordent le sujet de la vie sexuelle et seulement 13% s’intéressent spécifiquement au problème des syndromes génito-urinaires de la ménopause. Pourtant, elles sont 40% à espérer que le professionnel initie la conversation sur le sujet des troubles de la ménopause. (4)

Il semblerait que la discussion au sujet de la sexualité des femmes d’un certain âge est d’autant plus limitée que l’interlocuteur est jeune et de sexe masculin. (4)
On peut attribuer ce comportement au fait que les médecins ne sont pas suffisamment formés ou expérimentés, au manque de temps, à des attitudes personnelles ou encore à certaines croyances ou a priori qui laissent penser que le sexe n’est pas une priorité pour les patientes de ces tranches d’âge. (1)

D’après l’étude CLOSER, les hommes semblent plus à l’aise pour parler de la VVA de leur partenaire que les femmes elles-mêmes (1)
L’étude CLOSER (CLarifying Vaginal Atrophy’s Impact of SEx and Relationships) a étudié l’impact de la VVA auprès des femmes, mais aussi de leur partenaire.

Selon cette enquête, lorsqu’elles ressentent une gêne pour la 1ère fois, certaines femmes (28%) ne l’évoquent pas avec leur partenaire. Pourtant, les hommes ayant une partenaire ménopausée semblent souhaiter très majoritairement (82%) que les femmes partagent cette expérience.

L’attitude des hommes pourrait aider à une meilleure compréhension de l’impact de la VVA sur les rapports intimes et pourrait aider les couples à aborder le sujet avec un professionnel de santé. Ceci pourrait, non seulement conduire à une amélioration de qualité de vie des femmes, mais aussi à restaurer leur estime de soi et leur bien-être sexuel et émotionnel.

Aborder le sujet de la VVA selon le rapport de l’IMS (International Menopause Society)(5)
Le rapport propose aux professionnels de santé d’aborder le sujet de la trophicité vaginale : la plupart des femmes pourraient répondre positivement et seraient soulagées par la démarche.

Les auteurs suggèrent une formulation intéressante pour aborder la discussion : « Certaines femmes constatent la survenue d’une sécheresse vaginale à cette époque de leur vie, avez-vous déjà rencontré des difficultés lors des rapports sexuels ? ».

    Ils invitent à être sensibles à la présence ou non d’un partenaire régulier actif et à rechercher :
  • si la femme est gênée par un prurit, des sensations de brûlures, des pertes vaginales
  • à interroger sur de possibles infections vaginales, des infections urinaires récidivantes
  • à mesurer le niveau d’attente de soulagement de ces manifestations
Si la patiente ne répond pas, la demande peut être réitérée lors de l’examen clinique, en particulier s’il y a des signes d’atrophie vaginale.

Enfin, il peut être important d’expliquer que ces troubles ne vont pas disparaître spontanément et qu’il peuvent être pris en charge.


En consultation, comment formuler les questions à poser à la patiente ?(5)
Le Dr Denise Black liste une série de questions qui peuvent aider à aborder le sujet avec une patiente.


(1) Nappi RE et Palacios S. Impact of vulvovaginal atrophy on sexual health and quality of life at postmenopause. Climacteric. 2014 ; 17 : 3-9
(2) Palma F et al. Vaginal atrophy of women in postmenopause. Results from a multicentric observational study: The AGATA study. Maturitas. 2015 : 1-5
(3) Kingsberg SA et al. Vulvar and vaginal atrophy in postmenopausal women : findings from the REVIVE (REal Women’s VIews of Treatment Options for Menopausal Vaginal ChangEs) Survey. J Sex Med. 2013 ; 10 : 1790-9
(4) Portman DJ et al. Genitourinary syndrome of menopause : new terminology for vulvovaginal atrophy from the international society for the study of women’s sexual health and the north American menopause society. Maturitas. 2014 ; 79 : 349-54
(5) Sturdee DW, Panay N. Recommandations pour la prise en charge de l’atrophie vaginale post ménopausique. Climacteric. 2010 ; Early Online : 1-28
(6) Lev-Sagie A. Vulvar and vaginal atrophy: physiology, clinical presentation and treatment considerations. Cl Obst Gyn. 2015 : 1-16