Comment une pathologie fréquente et gênante au quotidien reste-t-elle encore sous diagnostiquée et sous traitée ? 

La vulvovaginite atrophique (VVA) liée à la ménopause se manifeste suite à la diminution de la quantité d’estrogènes. Elle se caractérise, entre autres, par un amincissement et une fragilisation de l’épithélium vaginal, une augmentation du pH et une sécheresse vaginale ainsi que par des modifications du tractus urinaire. Elle est associée à une multitude de symptômes, tels que la sécheresse vaginale avec irritation et sensations de brûlures, déficit de lubrification, dyspareunie, dysurie, urgences mictionnelles… L’ensemble affectant aussi bien les activités quotidiennes que le relationnel, la sexualité et ayant un retentissement plus important qu’il n'y paraît sur la qualité de vie des patientes. (1)

À la différence des symptômes vasomoteurs qui peuvent s’atténuer avec le temps, même en l’absence de traitement, les symptômes de VVA s’aggravent, eux, avec le temps.(1)

Si les femmes ne sont qu’environ 65% à en souffrir 1 an après l’apparition de la ménopause, elles sont plus de 80% quelques années plus tard. Et compte tenu de l’espérance de vie des femmes d’aujourd’hui, elles sont susceptibles d’être concernées durant 1/3 de leur vie. (1)

Un impact important sur la qualité de vie des patientes (2)
Le retentissement sur la qualité de vie est cité dans de nombreuses publications, et notamment dans les résultats de l’enquête REVIVE (REal Women’s VIews of Treatment Options for Menopausal Vaginal ChangEs), menée aux Etats-Unis.
Cette enquête avait pour objectif de caractériser le niveau de connaissance des femmes sur la VVA comme conséquence de la ménopause, de décrire l’impact des symptômes sur leur vie et d’approcher les rapports aux professionnels de santé dans cette pathologie.
10486 femmes ont répondu, parmi elles 77% (8081) étaient ménopausées, dont 3046 souffraient de VVA. Ces dernières ont formé la cohorte VVA.
Une majorité de femmes (59%) cite comme principal effet négatif l’impact sur leur vie sexuelle. Pour les femmes en couple, les symptômes de VVA ont un impact sur la spontanéité, l’intimité et le relationnel au partenaire.
Mais les effets de la VVA ne se limitent pas à la sphère intime car les femmes déclarent que la VVA interfère à plusieurs niveaux de leur vie quotidienne comme le sommeil, la joie de vivre ou encore l’humeur.


Une pathologie sous diagnostiquée et sous traitée (2)
Malgré toute l’importance de ces manifestations, la VVA reste sous diagnostiquée et sous traitée. Selon cette même enquête REVIVE, il semble y avoir plusieurs explications à cela. (2)

Une majorité de femmes encore peu conscientes de la pathologie (2)
Seulement 24 % d’entre elles relient les symptômes à la ménopause et 33% ne connaissaient pas les causes de la vaginite atrophique.
62 % des femmes n’avaient pas notion de ce que pouvait être une vaginite atrophique et parmi les 38 % qui en avaient une idée, la moitié en était devenue consciente seulement après l’apparition de symptômes.

Un sujet insuffisamment abordé par les femmes, mais aussi par les professionnels de santé (2)
Parmi les femmes de la cohorte qui ont déclaré avoir consulté un professionnel de santé pour motif gynécologique, seules 19% ont rapporté que le professionnel avait abordé le sujet de la sexualité lors de la consultation alors que 40% de ces femmes au moins s’attendaient à ce que le professionnel le fasse.
Lorsque les femmes n’en parlent pas, c’est, selon elles, d’abord parce que ces symptômes sont un phénomène naturel lié à l’âge, mais aussi parce que les symptômes n’étaient pas assez dérangeants pour être mentionnés.
Toutefois lorsqu’elles consultent pour motif de VVA c’est à 50% pour cause d’irritation, 27 % pour dyspareunie, et 24 % pour sécheresse vaginale.
Mais même lorsque le sujet est abordé avec le professionnel de santé, les femmes sont rarement satisfaites de l’information délivrée. Au plan général, seules 9% des femmes disent avoir reçu un diagnostic formel de VVA de la part du professionnel de santé.


Cette enquête, comme d'autres travaux, met l’accent sur le besoin d’améliorer absolument l’information des femmes et d'améliorer le diagnostic


 VVA : Vulvo-vaginite atrophique
(1) Palma F et al. Vaginal atrophy of women in postmenopause. Results from a multicentric observational study. The AGATA study.Maturitas 2015 : 1-5
(2) Kingsberg SA et al. vulvar and vaginal atrophy in postmenopausal women : findings from the REVIVE (Real Women’s Views of treatment options for Menopausal Vaginal ChangEs) Survey. J Sex Med 2013 ; 10 : 1790-9