Crise des pilules de 2012 et évolution des comportements contraceptifs 

Historique des faits : en 2012, la médiatisation d’un cas de thrombose et de ses séquelles durant plusieurs semaines révèle au grand public l’augmentation du risque de thrombose avec la prise de contraceptif oral et conduit au déremboursement des pilules de 3ème et 4ème génération et à des recommandations des autorités de santé. (1) 

Le point sur le risque de thrombose veineuse profonde (1)

Le risque de thrombose veineuse profonde est annuellement de :

  • Femmes qui ne prennent pas de contraception orale : 2 / 10000
  • Femmes sous pilule de 2ème génération : 5-7 / 10000
  • Femmes sous pilules de 3ème génération : 9-12 / 10000

Que savons-nous de l’évolution des comportements ? (1)

Dès les années 2000, l’usage de la contraception a progressivement reculé jusqu’en 2010. La baisse est beaucoup plus marquée depuis 2010 et semble clairement liée aux débats évoqués ci-dessus car elle concerne majoritairement les pilules de 3ème et 4ème génération au cœur de la polémique.
Selon l’INED, ces dernières ne représentent plus que 10% de l’ensemble des méthodes contraceptives utilisées contre encore 19% en 2010.
L’enquête FECOND 2013 réalisée en France par l’inserm-INED nous révèle que le pourcentage de femmes de 25 à 29 ans qui utilisent des pilules de 3ème ou 4ème génération a été réduit de 21 points entre 2010 et 2013 (passant de 28 à 7%).

Evolution des méthodes de contraception

Chez les plus jeunes (15-19 ans), la baisse du recours aux pilules de 3ème et 4ème génération a été en partie compensée par le recours aux pilules de 2ème génération mais cela n’est pas le cas pour toutes les tranches d’âge, même si l’utilisation des pilules de seconde génération, qui était déjà très majoritaire, s’est accrue.
Plus qu’un strict transfert, c’est une modification du paysage contraceptif. Les femmes ont également, selon les cas, choisi d’autres méthodes de contraception, notamment le stérilet, mais aussi le préservatif ainsi que la gestion des dates ou le retrait.

Les comportements semblent influencés par le statut social (1)

Les femmes ouvrières souvent initialement sous contraception orale de 2ème génération n’ont pas eu à modifier leurs pratiques quand les femmes cadres majoritairement utilisatrices de 3ème et 4ème génération ont du remettre en cause leur méthode contraceptive.
Dans la catégorie des 25-29 ans, les moins diplômées ont davantage délaissé les pilules au profit de méthodes moins efficaces (dates, retrait) quand les plus diplômées ont opté pour le dispositif intra-utérin (DIU).


Quelles conséquences à terme ? (1)
On peut s’interroger sur les conséquences d’une telle reconfiguration. En effet, le recours à des méthodes moins efficaces dans une tranche d’âge ou la fécondité est encore élevée ne pourrait-il pas conduire à la survenue d’un plus grand nombre de grossesses non désirées ?


Référence:
1. Bajos Nathalie et al. la crise de la pilule en France : vers un nouveau modèle contraceptif ? « Population et sociétés ». Bulletin mensuel d’information de l’institut national d’études démographiques. N° 511, mai 2014. www.ined.fr