Douleurs neuropathiques, quelle adhésion aux traitements ?

L’adhésion au traitement est un problème récurrent au cours des maladies chroniques, notamment lorsqu’elles sont de longue durée d’évolution. (1) Au sein des douleurs neuropathiques, on peut s’interroger sur le niveau d’adhésion dans le contexte de la neuropathie diabétique. (2)
Etat des lieux
 

Les réponses apportées semblent différentes en fonction du contexte de l’étude :

  • Une étude randomisée prospective comparative (antidépresseurs, antiépileptiques) menée auprès de 101 patients sur une durée de 6 mois donne un taux d’adhésion assez élevé avec 93,5 % de patients ayant pris plus de 75 % de leur traitement antidépresseur et 82,9 % de patients pour 75% de leur traitement antiépileptique (p<0,05) (2)
  • Une étude de cohorte observationnelle prospective comparative menée sur une 1ère année de traitement auprès de 1817 patients révèle un taux d’observance de 42,9% pour les antidépresseurs et de 43,7% pour les antiépileptiques. La persistance au traitement dans le temps étant respectivement de 21,2 et 21,4% : celle-ci décline très nettement en fonction du temps (3)

Les motifs exprimés sont nombreux : (4)

  • Liés au patient lui-même comme oubli par inadvertance, autres priorités, non prise délibérée, manque d’informations ou encore des facteurs émotionnels
  • Mais les soignants ont également une part de responsabilité, comme la prescription de traitements complexes, une information insuffisante sur les bénéfices attendus ou les possibles effets indésirables, une non prise en compte des habitudes de vie du patient ou encore une relation médecin-patient de mauvaise qualité

Quelles solutions ?

Toutes les démarches susceptibles de sensibiliser les patients à la qualité et à la sécurité de leur prise en charge semblent pouvoir être utile pour favoriser cette adhésion.
C’est le cas de la « décision médicale partagée » (shared decision making) qui correspond à un des modèles de décision médicale basé sur deux étapes clés de la relation entre un professionnel de santé et un patient : (5)

  • Échange d’informations
  • Délibération en vue d’une prise de décision acceptée d’un commun accord concernant la santé individuelle du patient

Le processus de mise en place se déroule ainsi : (5)

  • Le professionnel de santé et le patient partagent de manière bilatérale une information médicale, notamment les éléments de preuve scientifique
  • Le patient reçoit le soutien nécessaire pour envisager les différentes options possibles et pouvoir exprimer ses préférences (y compris l’option de ne pas agir)
  • Un choix éclairé est effectué et accepté mutuellement

L’adhésion ne peut être uniquement envisagée dans une dimension biomédicale et administrative de respect de la prescription. Elle s’inscrit dans le parcours de vie des personnes et est directement liée à leur capacité à devenir actrice de leur propre santé (1). C’est pourquoi, en 2015, la parole a été donnée aux personnes concernées dans une conférence citoyenne. (1) Au cours des ateliers, la nécessaire mise en œuvre de la décision partagée est ressortie très clairement. Elle est ressentie comme facteur déterminant de l’adhésion au traitement après l'information du patient (1).

Références :

(1) De l’observance à l’adhésion par la décision partagée. Recommandation de la conférence citoyenne des 1er et 2 juin 2015 (en partenariat avec l’assurance maladie)
(2) Giannopoulos S et al. Patient compliance with SSRIs and Gabapentin in painful diabetic neuropathy. Clin J Pain. 2007 ; 23 : 267-9
(3) Gharibian D et al. Compliance and persistence of antidepressants versus anticonvulsants in patients with neuropathic pain during the first year of therapy. Clin J Pain. 29 ; 5 : 377-81
(4) Osterberg L, Blaschke T. Drug therapy, adherence to medication. NEJM. 2005 ; 353 : 487-97
(5) HAS. Patients et professionnels de santé : décider ensemble. Concept, aides destinées aux patients et impact de la décision médicale partagée. Synthèse de l’état des lieux. Octobre 2013