Douleur neuropathique : une entité à part entière dans la prise en charge de la douleur

L’association Internationale d’Etude de la Douleur (International Association for the Study of Pain – IASP) définit la douleur comme « une sensation et une expérience émotionnelle désagréable en réponse à une atteinte tissulaire réelle ou potentielle ou décrite en ces termes ».(1)
On peut distinguer trois grands types de douleur : douleur aiguë, douleur procédurale et douleur chronique.

La douleur aiguë(1)

La douleur aiguë est liée à une atteinte tissulaire brutale (traumatisme, lésion inflammatoire, distension d’un viscère…). Elle est souvent associée à des manifestations neurovégétatives (tachycardie, sueurs, élévation de la pression artérielle) et à une anxiété. La douleur aiguë est un signal d’alarme pour l’organisme, elle fait état d’un danger à l'organisme pour son intégrité. Une fois son origine identifiée, sa prise en charge nécessite sa reconnaissance et un traitement essentiellement pharmacologique, reposant sur les antalgiques avec un objectif curatif.

La douleur procédurale(1)

Elle caractérise la douleur induite par les soins (ponction, pansement, prise de sang, mobilisation du patient…). La prise en charge de la douleur procédurale est un élément majeur de la qualité des soins et doit être une préoccupation constante de tout professionnel de santé.

La douleur chronique(1)

La Haute Autorité de Santé définit la douleur chronique comme un syndrome multidimensionnel exprimé par la personne qui en est atteinte.
Il y a douleur chronique, quelles que soient sa topographie et son intensité, lorsque la douleur présente plusieurs des caractéristiques suivantes :

  • Persistance ou récurrence, qui dure au-delà de ce qui est habituel pour la cause initiale présumée, notamment si la douleur évolue depuis plus de 3 mois ; réponse insuffisante au traitement
  • Détérioration significative et progressive du fait de la douleur, des capacités fonctionnelles et relationnelles du patient dans ses activités de la vie journalière, au domicile comme à l’école ou au travail

Au stade chronique, la douleur perd son rôle de signal d’alarme et devient une véritable maladie, quelle que soit son origine.

Les douleurs chroniques se différencient selon les mécanismes qui en sont à l‘origine. Il est possible de distinguer trois types de douleur chronique :

• La douleur dysfonctionnelle(1)
Il s’agit d’une douleur liée à un dysfonctionnement des systèmes de contrôle de la douleur, sans lésion identifiée, comme la fibromyalgie, la céphalée de tension, la colopathie « fonctionnelle » ou la cystite interstitielle. En l’état des connaissances, la douleur dysfonctionnelle répond peu au traitement pharmacologique et sa prise en charge thérapeutique fait plus appel à des approches non-pharmacologiques.

• La douleur nociceptive(1)
La douleur nociceptive ou par excès de nociception ou encore inflammatoire est une douleur due à une stimulation persistante et excessive des récepteurs périphériques de la douleur : les nocicepteurs. C’est le cas le plus fréquent.
Ce type de douleur peut survenir dans un contexte de cancer, mais également dans des contextes plus « bénins », comme par exemple la maladie arthrosique. Elle répond habituellement aux antalgiques, l’approche pharmacologique devant être intégrée à une approche thérapeutique plus globale, commune à toute douleur chronique.

• La douleur neuropathique
Depuis 1994, la douleur neuropathique est définie comme une « douleur initiée ou causée par une lésion primitive ou un dysfonctionnement du système nerveux par l’association internationale pour l’étude de la douleur (IASP : International Association for the Study of Pain).(3)
Plus récemment, une nouvelle définition a été proposée : « douleur associée à une lésion ou à une maladie affectant le système somato-sensoriel » (4). Les douleurs neuropathiques restent souvent méconnues, sous-estimées et sous-traitées.(3)

Selon l’étude STOPNEP, près de 7 % de la population adulte française serait atteinte de douleurs chroniques à caractère neuropathique, avec près de ¾ de ces douleurs d’intensité modérée à sévère.(2)
Le contexte neurologique peut être évident comme dans le cas de douleur survenant après un zona, de neuropathie diabétique douloureuse, de douleur centrale survenant après un accident vasculaire cérébral. Elle peut aussi survenir dans un contexte non neurologique, comme les suites post-opératoires, la chirurgie (même bénigne) étant souvent responsable de lésions nerveuses. Elle peut aussi co-exister avec une douleur nociceptive, on parle alors de douleur mixte, comme dans le cas de lombo-radiculalgies où cohabitent une lombalgie nociceptive et une radiculalgie de mécanisme neuropathique.(1)
Les symptômes des douleurs neuropathiques peuvent être des douleurs spontanées continues ou paroxystiques, à type de brûlures ou de décharges électriques, et des douleurs provoquées identifiables à l’examen clinique.(1)

Il existe un questionnaire simple et court (4 questions) susceptible de faciliter l’identification des douleurs neuropathiques au travers des caractéristiques sémiologiques comme une hypoesthésie ou, au contraire, une allodynie (douleur induite par un stimulus non douloureux).(1)

Pour accéder au questionnaire, cliquez ici.

Elle est souvent associée à des signes sensitifs non douloureux (paresthésies, engourdissement, prurit).
Sur le plan pharmacologique, la douleur neuropathique répond mal aux antalgiques et elle justifie l'utilisation en première intention d’autres classes de traitement.(1)

Références :

(1) Site SFETD – www.sfetd-douleur.org (consulté le 17/11/16)
(2) Bouhassira D et al. Prevalence of a chronic pain with neurologic characteristics in the general population. Pain. 2008; 136(3): 380-7
(3) Martinez V. et al. Les douleurs neuropathiques chroniques : diagnostic, évaluation et traitement en médecine ambulatoire. Recommandations pour la pratique clinique de la société française d’étude et de traitement de la douleur (SFETD). Douleurs : évaluation-diagnostic-traitement. 2010 : 11, 3-2
(4) Treede RD et al. Neuropathic pain. Redefinition and a grading system for clinical and research purposes. Neurology. 2008; 70: 1630-5
(5) Serge Perrot. Particularités de la prise en charge des douleurs chroniques non cancéreuses du sujet âgé. Revue thématique. Psychol Neuro Psychiatr Vieil. 2006 ; 4 (3) : 163-70.